L'empereur Mễ Sa relâcha les rênes pour laisser son coursier ralentir l'allure. Le noble cheval, aussi vif qu'intelligent, filait au grand galop lorsqu'il sentit les rênes se détendre peu à peu ; il freina aussitôt son élan pour passer à un petit trot. Le souverain se sentait épuisé, sa monture aussi montrait des signes de fatigue, et pourtant l'ombre de la bête avait de nouveau disparu. Durant toute sa glorieuse carrière de cavalier, jamais l'empereur n'avait laissé filer un ennemi qu'il avait sous les yeux ; et voilà que cette fois, un petit cerf tacheté semblait le narguer avec insouciance — quelle exaspération sans borne !
Perdu dans ses pensées, le souverain laissa son fier cheval trotter tranquillement le long du sentier. Lorsqu'il rouvrit grand les yeux, il aperçut un ruisseau et en éprouva un immense soulagement ; il descendit aussitôt de cheval et plongea la tête dans l'eau fraîche. En relevant la tête, il vit sur l'autre rive... un cerf tacheté ! Vif comme l'éclair, l'empereur bondit vers sa monture et saisit son arc. À peine l'eut-il bandé que le cerf, ses grands yeux ronds et noirs fixés sur lui, s'esquiva de nouveau. Furieux mais gardant son calme, le souverain remonta en selle, franchit le ruisseau d'un bond et se lança à la poursuite de la bête. Le soleil du soir scintillait sur la myriade d'arbres. Le martèlement des sabots résonna, puis s'éteignit peu à peu dans le bruissement des feuilles de la forêt.
La nuit était tombée. L'empereur Mễ Sa ralentit de nouveau l'allure. Des montagnes et des forêts s'étendaient à perte de vue tout autour de lui. Quelques oiseaux battaient des ailes avec lassitude. Soudain, l'empereur tressaillit et regarda autour de lui avec inquiétude : à force de poursuivre la bête, il avait perdu son chemin. La montagne et la forêt étaient froides et sauvages. Quelque part au loin résonnait déjà un rugissement de tigre.
Après on ne sait combien d'heures d'une progression tendue et silencieuse sous une obscurité toujours plus épaisse, le souverain aperçut au loin une faible lueur. Suivant les pas de son cheval, il se dirigea peu à peu vers ce point de lumière. Bientôt, la flamme d'une lampe à l'huile de mù u apparut nettement à ses yeux, éclairant le pan d'une chaumière de moine. Poussant un soupir de soulagement, l'empereur descendit de cheval.
Soudain, la porte de bambou s'ouvrit toute grande ; une silhouette, une lampe et une voix semblèrent apparaître tout à la fois.
- Salutations respectueuses, Majesté ! Ce modeste moine vous attend ici depuis longtemps déjà.
L'empereur Mễ Sa fut si stupéfait qu'il en resta comme figé. Ce n'est qu'après un long moment qu'il parvint à articuler :
- Comment... le grand maître a-t-il su... que je viendrais, pour m'accueillir ainsi ?
Le souverain vit alors clairement que son hôte était un moine très âgé.
Le moine des montagnes esquissa un léger sourire, un sourire doux et frais, rayonnant comme un fragment de lune au début de l'automne, puis, d'un geste de la main, s'effaça sur le côté :
- Que Votre Majesté daigne entrer dans cet ermitage de chaume pour se reposer ! Après une si longue chevauchée, votre corps sacré doit être bien las.
Bien qu'encore décontenancé, le souverain mena aussitôt son cheval à l'intérieur.
- Le fourrage a déjà été préparé ; que Votre Majesté me confie son cheval.
L'empereur Mễ Sa pénétra lentement dans la retraite paisible. Il promena son regard alentour. Une natte tressée de paille était posée contre le mur, côté est. Deux coussins de méditation étaient disposés au milieu de la pièce, avec un petit service à thé placé sur une console. Sur la cloison de bambou tressé, au centre, pendait, librement déployée, une peinture à l'encre : un trait de pinceau ample et vivant, empreint d'un flou et d'une liberté pleine d'insouciance élégante. L'atmosphère de l'ermitage semblait dégager quelque chose à la fois d'étranger et de familier.
Le souverain retira doucement ses chaussures, s'assit sur le coussin de méditation, puis reposa une nouvelle fois son regard sur la peinture. Étrange... quelque chose d'insolite se dégageait de ce tableau. Où l'avait-il donc déjà vu ? Il lui semblait si familier ! Le roi l'examina avec attention. Ce trait de pinceau, simple et sobre, vigoureux et rapide — propre à peindre l'orchidée et le bambou — comment se faisait-il que l'auteur y ait mêlé les touches du « bát mặc », l'encre éclaboussée en vogue chez les princes de la dynastie Tang ? Cette technique du « bát mặc » sombre aisément dans le désordre, or ici il n'y avait aucun désordre, preuve que l'artiste avait su transformer le « sans-méthode » en « méthode ». Une telle peinture de montagnes et d'eaux n'atteignait certes pas encore à l'idéal où « les montagnes peintes semblent voler, les sources peintes semblent s'arrêter » (sơn phi tuyền lập), mais on pouvait néanmoins considérer que les traits statiques et les traits dynamiques y étaient rendus avec une juste mesure, en harmonie, le souffle vital circulant naturellement et sans rupture. C'était précisément le style de pinceau que le souverain chérissait entre tous, pour ne pas dire l'une de ses convictions esthétiques les plus personnelles. Le papier était jauni par le temps, mais le roi ne s'y trompait pas : c'était bien le papier dit « kim tiền », fabriqué en Corée et au Yunnan — un papier gris, de qualité grossière, chargé de chaux, réservé à l'usage du peuple.
Le souverain resta pensif, l'esprit troublé. Un frisson fugace le fit pâlir. « Se pourrait-il que ce trait de pinceau soit le mien ? »
- Que pense Votre Majesté de cette peinture ?
Le souverain n'entendit la question que confusément, comme dans un lointain écho. Son esprit demeurait plongé dans le flot de ses pensées. Ai-je jamais utilisé ce papier « kim tiền » ? Quand je ne trouvais pas le papier de la dynastie Song, de la marque Đông Tân Đường, fait de gaine de bambou, j'employais celui de la région de Sở, au Hồ Bắc (Hubei). Et cette peinture, si c'est bien moi qui l'ai peinte, ne l'avais-je pourtant pas laissée inachevée ?
La voix du vieux moine passa comme un souffle de vent à son oreille :
- Ce modeste moine se souvient qu'autrefois, voici presque quarante ans, celui qui a peint ce tableau disait ceci : « Ce qui fait la particularité de cette œuvre, c'est que le “sans-méthode” y devient “méthode”. L'encre projetée à la façon du “bát mặc” paraît désordonnée, et pourtant ne l'est pas. C'est une école bien à moi, à la fois aussi ancienne que le temps déposé sur les murs moussus d'une citadelle antique, et aussi neuve qu'une goutte de rosée scintillant au bout d'une feuille, au tout début du printemps... » Hà... hà... hà... Il riait alors, plein d'une joie amusée, puis reprenait : « Et pourtant... il faut y prendre garde : derrière ces gouttes de rosée se devine, fugitive, l'ombre d'un croissant de lune naissant, insondable et lointain... »
L'empereur Mễ Sa sursauta, tiré de sa rêverie.
- Un croissant de lune ? De quelle lune le grand maître parle-t-il ?
La lampe à l'huile de mù u répandit soudain une lumière plus large sous la main du souverain, qui s'efforça de mieux distinguer la peinture. De toute évidence, il n'y avait ici aucune trace de lune. Où était donc ce croissant de lune naissant dont parlait le vieux moine ?
L'empereur Mễ Sa parut soudain comprendre, et hocha la tête :
- Le grand maître a raison ! Il manque à cette œuvre un croissant de lune. En y ajoutant une lune naissante, tantôt cachée, tantôt apparaissant derrière un voile de brume, la peinture rayonnerait, gagnerait en profondeur et en émotion.
Le vieux moine, comme s'il n'avait pas entendu les paroles du souverain, poursuivit le fil de ses souvenirs :
- Celui qui a peint ceci était un moine d'un talent élevé et d'une grande ambition. Son cœur semblait contenir les cinq monts sacrés, et son esprit s'ébattait comme une baleine dans l'océan. Ah ! Quel raffinement, quelle élégance dans son trait de pinceau ! Les Anciens disaient que lire l'écrit d'un homme, c'est le connaître. Ici, en contemplant la peinture et l'esprit qui l'anime, on pouvait déjà lire les lignes de son destin et de ses liens karmiques à venir. Cette peinture, disais-je : encore prisonnière de l'égarement karmique, enchaînée aux six voies, liée par cent cordes de tourments, inséparable des rétributions du karma. Ce pauvre moine parlait ainsi après qu'il eut esquissé cette œuvre. Et voici ses paroles, encore aussi nettes à mon oreille qu'au premier jour : « Vénérable frère aîné ! Moi, ton humble cadet, je suis né dans une famille pauvre, et je me suis fait moine dès l'enfance ; aussi n'ai-je jamais connu les affaires du monde. Comme tu me l'as toi-même enseigné, tous les êtres, sans exception, doivent traverser les expériences du plaisir et de la souffrance à travers les trois mondes et les six voies avant de pouvoir atteindre l'éveil. Je fais donc le vœu de renaître, dans ma prochaine vie, empereur, afin d'éprouver moi-même ce que sont la grandeur et le pouvoir. Si, à ce moment-là, je me laissais emporter par la gloire et les plaisirs, alors, vénérable frère, trouve un moyen de me rappeler à l'éveil ! Vénérable frère, cette peinture que je fais est encore inachevée. S'il advenait qu'à cause de l'amour et de l'égarement je demeure enchaîné aux six voies, lié par cent cordes de tourments, inséparable des rétributions du karma... alors souviens-toi de la lui montrer ; peut-être qu'en s'en souvenant, il retrouvera l'éveil. »
L'empereur Mễ Sa fut saisi de stupeur. La lampe qu'il tenait à la main lui échappa et tomba sur le sol. Le croissant de lune naissant surgit alors de la peinture, scintillant derrière son voile de brume. Le souverain resta figé, immobile.
Un léger sourire effleura le visage du vieux moine dans l'obscurité ; sa voix se fit alors chaude et ferme, comme le son d'une cloche sonnant le couvre-feu du soir :
- Majesté ! Cette lune vous attend depuis près de quarante ans. Ce modeste moine, fidèle à un serment d'autrefois, est venu bâtir cet ermitage de chaume ici même, pour attendre que les liens du karma permettent de retrouver un vieil ami ! Le cerf tacheté de tout à l'heure n'était qu'un petit tour de ce modeste moine, pour guider Votre Majesté jusqu'ici et lui faire revoir son œuvre restée inachevée !
Le vieux moine se tut, mais l'empereur Mễ Sa semblait encore égaré dans quelque songe lointain et sans bornes.
Après avoir rallumé la lampe et versé au souverain une tasse de thé chaud, le vieux moine soupira de nouveau :
- Ah ! En un clin d'œil, voilà près d'un demi-siècle que nous sommes séparés ! Les choses changent, les astres se déplacent, tout naît et se transforme sans cesse ; les histoires d'antan ne diffèrent en rien d'un songe du début de soirée. Nous étions autrefois deux compagnons de pratique au pied du mont Thiên Lĩnh ; aujourd'hui, l'un porte le trône de jade et la robe du dragon, l'autre porte encore la robe safran et les sandales de paille. Dites-moi, vieil ami au talent si accompli, votre vœu de devenir empereur s'est-il enfin accompli ? Le croissant de lune naissant s'est-il jamais couché ? Qu'en pense Votre Majesté ? Ah ! Que vaut donc ce trône doré, souillé par la gloire, le profit et le pouvoir, présents le matin et disparus le soir ? Que la poussière du monde retourne à la poussière du monde ! Quand les causes et les conditions arrivent à maturité, le fruit tombe de lui-même. Éveillez-vous donc enfin, Majesté !
Soudain, l'empereur Mễ Sa se redressa d'un bond, saisit la peinture à deux mains, et s'élança dans la forêt nocturne, où il disparut.
Le vieux moine regarda longuement, fixement, en direction de la porte, puis il se retourna et rentra ; deux gouttes de rosée restèrent un instant suspendues, sans tomber, au coin de ses yeux.
La mèche de la lampe à l'huile de mù u s'éteignit peu à peu, vacillante. Le vieux moine trouva une position confortable sur sa natte de paille, le dos bien droit, un sourire vaste et lointain flottant sur ses lèvres ; puis son souffle lui-même sembla se fondre et se dissoudre dans l'immensité du vide et du silence...
Le croissant de lune naissant, incliné à la fenêtre, s'effaça lentement derrière un nuage.
Yên Hà các, Đạm Lư hiên 1980